Préface

Préface par le Professeur Jacques Marescaux

Président et fondateur de l'IRCAD

Dès le début des années 90, en entrant dans l’ère numérique, l’univers de la chirurgie est amené à évoluer de façon considérable. Au regard des nombreux enjeux liés à cette mutation, j’ai créé, en 1994, l’IRCAD (Institut de Recherche contre les Cancers de l’Appareil Digestif). Dès ses débuts, cet organisme a deux principaux objectifs : développer des technologies inédites et mettre en place une instrumentation innovante afin d’aboutir à une prise en charge mini-invasive de la maladie et du cancer. Ainsi, grâce à l’intelligence artificielle, le patient peut bénéficier d’une stratégie de soins optimale, de moins en moins agressive.

Pour répondre à cette révolution technologique, il était indispensable de former des chirurgiens capables de mettre en pratique les nouvelles techniques. Conscients de cette réalité, nous avons ouvert une école européenne dédiée à l’enseignement de la chirurgie mini-invasive. Si dans un premier temps, elle accueille 200 à 250 chirurgiens par an, 800 experts internationaux y forment depuis plusieurs années plus de 5000 chirurgiens issus de 110 pays. Aujourd’hui, l’IRCAD est une référence internationale de l’excellence française, en plus d’être le plus grand institut de formation du monde !

L’IRCAD, en tant qu’association à but non-lucratif d’intérêt général et, surtout, privée, se distingue également par son modèle économique flexible. Sans cette caractéristique, notre institut n’aurait pu devenir l’exemple d’innovation qu’il est. Les hautes technologies chirurgicales nécessitent, en effet, des moyens colossaux impossibles à supporter pour une université publique : le matériel technique de nos blocs opératoires expérimentaux voué à la formation représente environ 20 millions d’euros. En outre, c’est grâce à sa flexibilité d’action que l’IRCAD a pu nouer des partenariats avec de grands industriels. C’est essentiel pour nous développer !

Référence mondiale dans le domaine de la chirurgie mini-invasive, notre école a inévitablement été copiée. À partir de ce constat, pour rester compétitifs, il s’agissait de nous démarquer.

En ce sens, l’IRCAD a signé en 2010 avec la municipalité de Strasbourg un bail emphytéotique de 52 ans pour la réhabilitation des anciens Haras Royaux du XVIIIe siècle. J’ai vu dans ce projet plusieurs opportunités à exploiter. D’une part, il était synonyme de nouveau concept économique en faveur de la recherche. Pour rappel, plus de 5000 chirurgiens se forment chaque année à l’IRCAD, engageant de la sorte des frais d’hôtellerie et de repas. Alors, pourquoi nous contenter de jouer un rôle d’interface au lieu de disposer de notre propre établissement d’hébergement et de restauration ? Outre le fait de rénover l’un des plus beaux bâtiments de Strasbourg à mes yeux, nous avons conçu un complexe fort d’une gamme de services exceptionnels, qui constitue une importante source financière pour notre institut : un hôtel 4 étoiles comprenant 55 chambres, une brasserie dirigée par le chef 3 fois étoilé Marc Haeberlin et un biocluster rassemblant une vingtaine de start-ups. D’autre part, pour faire face à la concurrence internationale, nous devions renforcer notre attractivité auprès des experts internationaux enseignant à l’IRCAD et des chirurgiens en formation. À ces professionnels de haut niveau, les Haras offrent une structure unique et une véritable qualité de vie, sur un site historique qui se trouve de surcroît à proximité de l’IRCAD. C’est à la fois très productif et confortable pour eux !

Enfin, je tiens à souligner que je suis réellement heureux que ce joyau architectural, si longtemps inaccessible, soit à présent ouvert au grand public.

La COUR DES HARAS, le dernier projet d’extension initié par l’IRCAD et lié à l’acquisition de la Clinique des Diaconesses, s’inscrit dans une suite logique : il accompagne notamment la naissance, en 2011, de l’Institut de Chirurgie Guidée par l’Image de Strasbourg (Institut hospitalo-universitaire, IHU), portée par l’IRCAD et l’Université de Strasbourg. L’IHU, figure représentative du Programme Investissements d’Avenir, est le fruit d’un appel à projets. Les dossiers ont été évalués par un jury international, et le nôtre concernait l’évolution de l’IRCAD, avec la mise en avant d’un geste chirurgical de plus en plus ciblé et robotisé, guidé par une intelligence artificielle. L’IRCAD a été classé premier avec l’Hôpital Necker à Paris ! Aujourd’hui, l’IHU, qui agit en complémentarité avec l’IRCAD, est un établissement de soins axé sur une gestion médico-chirurgicale mini-invasive, un centre de recherche et un centre de formation international. On y développe des procédures d’avenir !

Concernant l’avenir, il faut savoir que d’ici une quinzaine d’années la prise en charge du malade va totalement changer. Pour exemple, des études menées depuis cinq ou six ans sur des milliers de malades prouvent qu’il est néfaste pour le patient de demeurer à l’hôpital, de porter une sonde ou un cathéter central, même suite à une chirurgie lourde. C’est, en effet, la porte ouverte aux maladies nosocomiales et aux complications… La solution consisterait à réduire le séjour hospitalier à deux jours et de proposer au malade d’intégrer une structure non hospitalière. À ce titre, nos partenaires industriels sont en train de développer des technologies de connectivité pour garantir la sécurité et le suivi du patient. J’évoque là une révolution médicale aussi bien qu’une révolution économique, puisque ce n’est pas l’opération chirurgicale qui présente le coût le plus élevé mais les complications qui peuvent s’en suivre !

L’achat du bâtiment de la Clinique des Diaconesses, idéalement implanté à côté de l’IRCAD, résulte justement d’une volonté de fonder un établissement hôtelier –un hospitel– destiné à recevoir nos malades le plus rapidement possible au lieu de les maintenir en milieu hospitalier. Encore une fois, il convient de garder à l’esprit les retombées positives pour la santé du malade et pour la santé économique du pays. Par ailleurs, l’Hôtel des Haras étant en permanence complet, l’IRCAD était tenu d’étendre son offre hôtelière pour continuer d’accueillir experts et chirurgiens. La reconversion de la clinique des Diaconesses, dont le chantier débutera en 2017, comprendra un hôtel pourvu de 41 chambres et doté d’un magnifique spa. En réalité, mon objectif est que l’hospitel prenne peu à peu des parts de l’hôtel. Néanmoins, l’inverse peut également se produire…En tout cas, c’est là une souplesse qui permet à l’IRCAD de ne courir aucun risque financier.

Pour mener à bien ce projet innovant par sa vocation multiple et par le niveau de gamme particulièrement élevé que nous recherchons, nous avons noué un partenariat avec le promoteur strasbourgeois SAS-3B, un acteur majeur de l’immobilier de standing de la région, capable de relever ce défi et de faire de ce projet une grande réussite. Ainsi, SAS-3B utilisera une partie du terrain pour réaliser une opération immobilière de très grande qualité et qui, n’ayons pas peur de le dire, transformera durablement le quartier tout en valorisant les alentours des Haras.

Professeur Jacques Marescaux